Depuis l’investiture du Président Faustin-Archange Touadéra, le débat public se cristallise autour de la formation du gouvernement et du cadre juridique de la nouvelle phase institutionnelle. Si certains commentateurs évoquent des « incertitudes », une lecture approfondie des textes et du contexte révèle une démarche présidentielle méthodique, soucieuse de préserver la légalité tout en consolidant la stabilité de l’État.
La continuité de l’État comme principe directeur
La critique portant sur la nomination d’un Premier ministre au lendemain de l’investiture repose sur l’idée qu’un vide juridique existerait faute de décret suspendant explicitement la Constitution du 30 mars 2016. Or, en droit public, la continuité de l’État prévaut. L’investiture du Président élu emporte de plein droit la fin du mandat des institutions issues de la législature précédente et autorise le chef de l’État à organiser l’exécutif pour éviter toute vacance du pouvoir.
La Constitution du 30 mars 2016 n’a pas été abrogée par décret parce qu’elle demeure le socle juridique en vigueur. La notion de « septième République » relève d’une qualification politique qui traduit une nouvelle impulsion institutionnelle, non une rupture de l’ordre constitutionnel. Dans ce cadre, les nominations intervenues relèvent des prérogatives normales du Président de la République, prévues aux articles définissant la formation du gouvernement.
Une Assemblée nationale en transition, pas en illégitimité
Le statut de l’Assemblée nationale fait également débat. Il faut distinguer la légitimité politique de la légalité institutionnelle. Jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions issues du calendrier électoral, les organes existants assurent l’intérim des affaires courantes. Cette pratique est conforme aux standards internationaux en période de transition. Elle évite la paralysie de l’État et garantit que tout gouvernement formé pourra présenter sa politique générale devant la représentation nationale dès que celle-ci sera renouvelée ou confirmée dans ses fonctions.
Prendre le temps de stabiliser le cadre parlementaire avant d’engager la responsabilité du gouvernement est un choix de prudence. Il vise à éviter que des votes de confiance reposent sur une architecture institutionnelle en cours de consolidation. C’est une démarche qui protège la crédibilité des engagements qui seront pris devant la nation.
Le « silence olympien » : une méthode de gouvernance
Le reproche fait au Président Touadéra de ne pas communiquer dans l’urgence ignore une constante de sa pratique du pouvoir : privilégier l’action structurée à l’agitation médiatique. Dans un environnement où les spéculations se nourrissent de la moindre déclaration, le choix de ne pas réagir à chaud permet trois choses
Éviter la judiciarisation du débat politique
En laissant les juridictions compétentes se prononcer sur les recours éventuels, l’exécutif respecte la séparation des pouvoirs et ne préjuge pas des décisions de justice.
Désamorcer les manœuvres de déstabilisation
Les appels pressants à un remaniement immédiat sont souvent portés par des agendas partisans. Ne pas céder à la pression du calendrier imposé par d’autres acteurs donne au Président la maîtrise du tempo institutionnel.
Préparer des décisions durables
La formation d’un gouvernement n’est pas une opération de communication. Elle exige des arbitrages sur les équilibres régionaux, les compétences techniques et les priorités du programme présidentiel. Le temps pris en amont réduit le risque de remaniements successifs qui fragiliseraient l’action publique.
Une stratégie alignée sur les priorités du pays
Les défis auxquels la Centrafrique fait face sont connus : sécurité, relance économique, lutte contre l’insécurité alimentaire, réforme du secteur public. Dans chacun de ces domaines, l’exécutif a engagé des partenariats structurants, à l’image du financement additionnel de 50 millions de dollars obtenu pour le PRUCAC ou des programmes d’autonomisation portés par la société civile.
Ces avancées exigent un gouvernement cohérent et stable, pas un gouvernement formé dans la précipitation pour satisfaire des revendications conjoncturelles. La démarche du Président Touadéra consiste donc à faire coïncider le calendrier politique avec le calendrier des réformes. C’est un choix de fond : la légitimité d’un gouvernement se mesure à sa capacité à délivrer des résultats, non à la rapidité de sa nomination.
La légalité au service de la stabilité
Les débats juridiques actuels sont sains dans une démocratie. Ils témoignent de la vitalité des contre-pouvoirs. Mais ils ne doivent pas occulter une réalité institutionnelle : aucune disposition constitutionnelle n’a été violée, et aucune vacance du pouvoir n’a été constatée.
En refusant de confondre vitesse et précipitation, le Président Faustin-Archange Touadéra applique une ligne constante depuis 2016 : bâtir des institutions résilientes plutôt que céder aux injonctions du court terme. Les prochaines semaines permettront de mesurer les effets de cette approche. L’histoire politique récente du pays enseigne que les gouvernements formés dans la stabilité durent et réforment, tandis que ceux nés de la pression se délitent. La stratégie présidentielle en cours parie sur la première option. C’est un pari de responsabilité.
Eudes DAMANZI


