Près d’une semaine après la prestation de serment du Président Faustin-Archange Touadéra, une interrogation persistante domine les cercles politiques et diplomatiques : pourquoi Félix Moloua est-il toujours en fonction à la tête du gouvernement ?
Dans un pays où la pratique républicaine consacre généralement la démission du Premier ministre après l’investiture du Chef de l’État, le maintien du locataire de l’immeuble PETROCA apparaît comme une anomalie politique, sinon un signal à décrypter.
Une continuité sans clarification officielle
Selon des sources internes, le Président aurait instruit le gouvernement de « continuer le travail » lors d’un récent Conseil des ministres. Une orientation qui, en apparence, suggère une volonté de continuité administrative. Mais cette consigne informelle ne remplace pas une décision politique claire.
Ce flou alimente une double lecture. D’un côté, il peut traduire une stratégie maîtrisée visant à éviter toute vacance ou instabilité institutionnelle dans une période sensible. De l’autre, il révèle une hésitation au sommet de l’État quant à la recomposition de l’exécutif, voire des arbitrages encore en cours au sein du pouvoir.
L’absence de communication officielle tranche avec les attentes d’une opinion publique habituée à des signaux politiques forts dans les jours suivant une investiture.
Une opacité qui interroge, y compris à l’international
Fait notable, cette incertitude dépasse les frontières nationales. Dans les milieux diplomatiques, y compris parmi les partenaires réputés proches du pouvoir, l’absence de lisibilité suscite des interrogations.
Le silence entretenu autour d’un éventuel remaniement ou d’une reconduction formelle du gouvernement renforce l’image d’un système politique fortement centralisé, où les décisions majeures restent concentrées entre les mains du Président Faustin-Archange Touadéra.
Cette opacité, si elle peut relever d’une stratégie de contrôle, n’est pas sans conséquences : elle alimente les spéculations et fragilise la prévisibilité de l’action publique, un élément pourtant crucial pour les partenaires internationaux et les investisseurs.
Entre légalité et légitimité politique
Sur le plan strictement juridique, aucun texte n’impose au Premier ministre de démissionner après l’investiture présidentielle. Le maintien de Félix Moloua ne constitue donc pas une entorse à la légalité.
Mais la politique ne se limite pas au droit. Elle repose également sur des usages, des symboles et des attentes populaires. Or, dans l’imaginaire collectif, la formation d’un nouveau gouvernement après une investiture incarne un nouveau départ, une impulsion politique renouvelée.
En ce sens, le statu quo actuel pose un problème de légitimité politique : il donne l’impression d’un décalage entre le discours de renouveau porté par le Chef de l’État et la réalité institutionnelle.
Une rupture annoncée… en suspens ?
Lors de sa prestation de serment, le Président Touadéra avait pourtant promis une nouvelle ère, marquée par la transformation et la rupture avec certaines pratiques du passé. Mais l’absence de reconfiguration rapide du gouvernement semble contredire cette ambition.
Dans les rangs de la société civile, notamment proches du Groupe de Travail de la Société Civile, les critiques se font plus directes. Beaucoup appellent à l’injection de « sang neuf » pour dynamiser l’action publique et répondre aux défis socio-économiques pressants.
Ce décalage entre promesse politique et temporalité des décisions alimente une frustration croissante, particulièrement dans les milieux urbains de Bangui.
Un premier test pour la 7e République
Au-delà de la personne de Félix Moloua, c’est la méthode de gouvernance qui est en question. Ce moment de flottement constitue un test pour la crédibilité de la nouvelle séquence politique ouverte par la réélection du Président Faustin-Archange Touadéra.
Le maintien du Premier ministre peut encore être interprété comme un choix stratégique de stabilité. Mais sans clarification rapide, il risque de se transformer en symbole d’indécision ou de continuité subie.
Dans un contexte national marqué par de fortes attentes sociales et économiques, le pouvoir exécutif est désormais face à une équation délicate : rassurer par la stabilité sans renoncer à incarner le changement.
À défaut, ce qui n’était qu’un simple délai procédural pourrait bien être perçu, rétrospectivement, comme le premier faux pas politique de la 7e République centrafricaine.
Séphora Ibanga


